La Réunion: bravo les fous !

Grand Raid de la Réunion

 

 

Une course comme la Diagonale des Fous mérite bien un article à elle toute seule. C’est la plus belle, la plus prestigieuse, la plus dure, la plus riche en émotions… bref, c’est simple, il n’y a que des superlatifs pour la décrire ! Bon, je reconnais volontiers un léger manque d’objectivité, mais quand on est coureur, la Diag’, c’est le Graal. L’Everest du traileur, le monument à gravir, le défi qui fait rêver… 

Cette année, deux de nos Janzéens ont décidé de se frotter à la légende : Romain et Erwan, sur la ligne de départ à Saint-Pierre, avec un objectif en ligne de mire : Saint-Denis et le stade de la Redoute. Au programme, excusez du peu : 180 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé positif !

Présenté comme ça, finalement, rien d’insurmontable : 18 fois 10 kilomètres, quelques petites montées, trois ou quatre descentes, et hop, on arrive pour la Dodo, la bière locale ! Sauf que voilà, la Diagonale des Fous a cette fâcheuse tendance à transformer les calculs les plus optimistes en douloureux rappels à la réalité. Car ici, on ne court pas seulement contre le chrono : on lutte contre le relief, la météo, la fatigue, les jambes qui font mal, le mental qui vacille… et cette petite voix intérieure qui, au beau milieu de la nuit, vous suggère très sérieusement de tout envoyer balader pour vous installer confortablement dans un canapé.

Et cette année, la météo réunionnaise n’avait visiblement pas reçu le mémo concernant le décor de carte postale ! Pluie, boue et sentiers transformés en véritables champs de bataille ont accueilli nos deux aventuriers. Dans certaines portions, il ne s’agissait plus vraiment de courir, mais plutôt de négocier chaque pas avec le terrain, en espérant que la prochaine foulée ne se termine pas dans un précipice. 

Malheureusement, ces conditions dantesques auront eu raison d’Erwan, contraint de jeter l’éponge à mi-parcours. Usé, éreinté, éprouvé par ces conditions hors norme, il a dû se résoudre à arrêter là, la préparation n’ayant sans doute pas été suffisante pour affronter un tel monstre. Mais abandonner sur la Diag’, ce n’est pas échouer : c’est aussi savoir écouter son corps quand celui-ci a clairement déposé un préavis de grève. Alors, bravo quand même, champion ! Se lancer dans un tel défi demande déjà un sacré courage. La revanche est peut-être simplement reportée : la Diag’ n’a pas dit son dernier mot, et Erwan non plus ! j’ai malgré tout tenu à l’inscrire au tableau des résultats au côté de Romain, il l’a amplement mérité…

De son côté, Romain a réalisé une course que l’on pourrait qualifier de parfaite ! Une progression régulière au classement, une gestion exemplaire de l’effort et une maîtrise impressionnante de son aventure. Pas de précipitation, pas d’emballement, mais une stratégie solide et un mental à toute épreuve. Bref, pendant que certains négocient avec leurs quadriceps pour avancer de dix mètres, Romain déroule sa partition avec la sérénité d’un chef d’orchestre au milieu d’une symphonie de souffrance ! au final, moins de 42h, monstrueux !

Bien sûr, dans une telle épopée, on ne peut pas passer sous silence le rôle essentiel de Clémence, qui l’a accompagné et soutenu tout au long de cette aventure. Car si le coureur affronte les kilomètres, le dénivelé et les sentiers infernaux, l’accompagnant, lui, doit gérer les attentes, les ravitaillements, la logistique, les horaires improbables et les changements de programme d’un athlète qui ne pense plus forcément de manière très rationnelle après plusieurs dizaines d’heures d’effort. Autant dire que la Diag’ se court à deux, même si un seul porte un dossard ! Un immense bravo à Clémence, qui a elle aussi largement mérité sa médaille de finisher… même si elle n’apparaît pas au classement officiel !

Au final, deux parcours différents, deux destins, mais une même aventure hors du commun. De l’engagement, de la souffrance, des émotions à fleur de peau et, sans aucun doute, des souvenirs gravés pour longtemps. Parce que la Diagonale des Fous, c’est bien plus qu’une course : c’est une expérience qui vous bouscule, vous dépasse, vous transforme et vous rappelle, au passage, que l’être humain est capable de choses complètement déraisonnables !

Finisher ou non, on ne revient jamais tout à fait le même de la Diag’. On en ressort avec des images plein la tête, des histoires à raconter pendant des années, quelques douleurs qui mettent un peu de temps à disparaître… et cette étrange envie de recommencer après avoir juré que plus jamais on ne vous y reprendrait et vous vous retrouvez à regarder les inscriptions de la prochaine édition…

 

Distance Classement Nom Temps Classement catégorie
180 km 428/2126 Romain Le Goff 41h57’55 89ème M0
93 km – Erwan Josset (DNF) 23h37 –

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