Restonica
Ultra Trail Corsica
Il y a des courses qui se courent… et d’autres qui se vivent. La Restonica fait clairement partie de la deuxième catégorie. Sur le profil, ça semblait déjà sérieux. En réalité, c’est une véritable expédition en haute montagne, où chaque kilomètre se mérite. Une course presque inhumaine
Ma préparation s’est déroulée sous une canicule digne de la Corse. Finalement, s’entraîner par 35 °C n’était peut-être pas si absurde ! Mais s’il y a bien un enseignement que je retiens, c’est que les séances de renforcement musculaire ont été précieuses. Sans elles, je pense que mes jambes auraient lâché prise bien avant la ligne d’arrivée.
Dès les premiers kilomètres au départ de Corte (ville magnifique !), la magie opère malgré une 1ère montée interminable. Les paysages corses sont tout simplement exceptionnels. Des lacs d’altitude, des crêtes majestueuses, des vallées sauvages… On en prend plein les yeux. Enfin, quand on pense à lever la tête entre deux cailloux ! Car le terrain est d’une technicité redoutable : des pierres, encore des pierres, toujours des pierres. En Corse, les cailloux semblent même avoir des cailloux.
À cela s’ajoute une chaleur écrasante qui transforme chaque montée en séance de sauna grandeur nature. Les kilomètres défilent lentement, très lentement. Et puis arrive le 40e kilomètre. C’est là, dans la plus grosse difficulté du parcours, que j’ai connu un énorme coup de mou. Plus de jambes, plus d’énergie, je vomis tripes et boyaux, rien ne passe. Mon cerveau commençait sérieusement à négocier un rapatriement en hélicoptère. Heureusement, comme souvent en trail, on découvre que le mental peut parfois prendre le relais lorsque le corps décide de faire grève.
Un immense merci aux bénévoles, toujours souriants, disponibles et encourageants. Leur bonne humeur fait un bien fou et redonne de l’énergie au moment où les réserves sont au plus bas.
Les 40 derniers kilomètres ont eu une saveur particulière puisque je les ai partagés avec Pascal. Nous sommes devenus un véritable duo de survivants, avançant côte à côte, alternant les moments de motivation, les silences éloquents et quelques blagues pour oublier la fatigue. Un vrai compagnon de misère, sans qui cette fin de course aurait sans doute été bien plus longue. On s’attend, on s’encourage, on pleure sur les frontales tout en haut de la montagne en se disant que ce n’est pas possible, on ne va pas grimper jusque là ??? zut, tu es sûr que c’est par là au fait ? ah oui, j’ai vu une rubalise !
Franchir la ligne d’arrivée procure toujours une émotion difficile à décrire. Un mélange de fatigue extrême, de soulagement, de fierté… et la certitude qu’on avait oublié à quel point 110 kilomètres, c’est quand même long, surtout dans ces conditions ! Presser d’arriver, je dévale les derniers km, Pascal me donnant carte blanche, doublant les concurrents des autres formats de la course, ne pouvant m’empêcher d’encourager les coureurs du 17km entre autres par un: « allez, courage, tu y est presque !!! » (jouissif, surtout au moment de doubler lorsque le gars voit ton dossard du 110 !). Un dernier km dans Corte poussé par les spectateurs et une arrivée avec ma famille à 11h à l’heure de l’apéro, que demander de plus ?
Cette aventure n’aurait évidemment pas été possible sans le soutien de ma femme et de mes enfants, qui acceptent avec beaucoup de patience mes week-ends de préparation, mes horaires improbables et mes conversations interminables sur les dénivelés. Merci également à tous les copains du club et particulièrement Erwan, Kévin et Jean-Marc pour leurs encouragements avant, pendant et après la course. Vos messages ont été un véritable carburant.
La Restonica est une course magnifique, exigeante, parfois impitoyable, mais profondément inoubliable. Une épreuve qui pousse chacun dans ses retranchements tout en offrant des paysages parmi les plus beaux qui soient. 4 running stones glanés dans la douleur, tout ça pour faire l’UTMB un jour…on verra, ça doit valoir quand même le coup. En attendant et même si la course ne faisait « que » 110 km, j’ai vécu l’expérience la plus dure de ma vie de coureur, rendant la Diag’ presque facile !
Une « soupe de cailloux » à déconseiller en tout cas aux âmes sensibles mais qui sait, on y reviendra peut-être un jour ?
| Distance/D+ | Classement | Nom | Temps | Classement catégorie |
| 110km/7200m | 353/685 | Jean-Marie Jouzel | 36h38’25 | 32ème M3 |


