« Périple avec Denis Caillaud qui tentera aussi cette traversée. Départ mercredi soir 21h30, direction Obernai. Denis et Emilie Camerola en conducteur. Nuit difficile pour dormir en voiture mais bon, on le sait. Arrivé de bonne heure au village UTMB pour retirer les dossards, on visite Obernai, magnifique, boutiques et maisons de toute beauté accompagné d’un verre en terrasse. Beaucoup de cigognes dans le coin. Le paysage montagneux en vue avec comme objectif de tout avaler comme un pacman. Retour au logement à Tannenkirch, on se pose un peu pour récupérer du voyage. Une bonne nuit de sommeil pour partir à 11h direction Obernai pour y prendre la navette qui nous emmenera à la station du lac blanc.
Départ de la navette, 2h30 de route, en même temps on s’est perdu.
Arrivé à la station du lac blanc, il tombe de la neige et la température est très fraîche, on fait comme on peux pour se réchauffer en attendant le départ . Un chocolat chaud, merci Sylvain, un gars avec qui on a fait connaissance au village au retrait des dossards la veille. Ça y est, on peux plus reculer, le départ est donné à 17h pour la vague 1 avec Denis et 15m plus tard pour la vague 2 pour moi.
17h15, c’est parti pour ce magnifique voyage qui risque d’être très très ardu. Ça grimpe !
Km 0 station du lac blanc—>km8,6 auberge du lac noir. D+152m D-345m, ça descend, attention aux pierres . Je suis bien en même temps ça commence…
Km8,7—>km21,9 Lapoutroie. D+332m D-862m: J’avance bien, plus de descente donc c’est facile et les montées je les passes bien, je crois même apercevoir Denis pourtant partis 15m avant, arrivé au ravito de Lapoutroie… et bien non je n’avais pas halluciné, surpris de le retrouver là mais autant que Denis 15m de retard sur moi .
Km21,9—>km39,7 Aubure, D+1560m D-1820m: Là les choses sérieuses commencent et je suis dans le mal, n’ayant pas de préparation suite aux douleurs des tendons d’Achille, je le paye cash. Fin de cette portion à la lampe frontale avec la nuit qui tombe.
Km39,7—>km58,9 Château du Haut-Koenigsbourg D+584m D-749m: Passage montant pour arriver au Château, c’est long les chemins en sous-bois pour arriver là-haut, dommage de la passer de nuit. Ça commence à faire des kilomètres depuis le départ…
Km58,9—>km68 Chatenois, D+122m D-655m: Ça descends principalement, les cuisses font mal, je marche un peu jusqu’à Chatenois qui est la base de vie pour récupérer le sac de délestage donné au départ.
Km68—>km80,7 Dambach-la-ville, D+468m D-445m: Je me suis bien restauré mais ça pique quand même physiquement, j’arrive à Dambach-la-ville avec le soleil qui se lève, ça fait du bien.
Km80,7—>km98,3 Andlau, D+744 D-832m: Le sommeil me gagne, je lutte, zigzag. Je suis dans le dur physiquement. Toujours des montées et des descentes pour pas changer
Km98,3—>km110,8 Barr, D+510m D-531m: Quelle galère, je n’en voit pas le bout, le moral est très très bas…je n’arrête pas de me dire si je continue ou pas, l’émotion est forte, je pigne à chaque fois que j’y pense. Pas envie, pas le droit d’abandonner…
Je marche pas mal jusqu’au ravitaillement de Barr, avec toujours cette idée dans la tête.
J’arrive et y a beaucoup de monde à encourager les coureurs, tout le monde crie ton prénom (il est noté sur le dossard), ça fait du bien.
Je tourne en rond, je suis déboussolé, qu’est-ce que je fais? Je vois un kiné pour les cuisses (je m’endort en même temps) puis l’épaule droite, bref ça change pas grand chose, pour ça aussi que je doute, encore 48km c’est long…Je décide de dormir 20/25min, ça m’a fait du bien pour une première. Je mange un bouillon de volaille puis des pâtes avec de la volaille, là ça fait aussi du bien. Si je n’aurais pas eu l’appel d’Émilie et de mon tonton manu…
Je me fais quelques étirements qui me font du bien pour le coup, et je repars sous les encouragements des spectateurs.
Km110,8—>km127,3 Abbaye de Niedermunster, D+719 D-417m:
Je repars motivé et physiquement mieux, les bâtons resteront dans leur carquois et du coup j’ai mieux géré les montées, on discute entre coureurs, français allemand néerlandais, autrichien, américain… y a pas de frontière, c’est aussi ça l’esprit trail. Ce qui me reboost aussi c’est la course du 30km qui viens de partir et qui arrive derrière moi, on est en montée et ca va me booster pour monter le mont Saint-Odile, le nombre de coureurs qui t’encourage en voyant ton dossard est hallucinant, je suis loin d’être ridicule, j’arrive à suivre parfois, voir même doubler , à fond les ballons, ça dérouille le corps et surtout la tête, je prends les bons moments, quel kiff.
Beaucoup de monde à encourager chaque coureurs, mais quand ils voient ton dossard et que c’est un 100 miles alors là les encouragements se démultiplie, c’est super motivant.
Une fois le mont sainte-Odile franchi, on a une descente de 2km qui pique les cuisses, aïe aïe aïe.
Enfin le ravito, de l’eau, des quartiers d’oranges et ça repart avec l’hélicoptère de pompiers qui se pose tout proche pour peut-être un coureur mal en point…
Km127,3—>km134,8 Klingenthal D+153m D-339m: Des montées, des descentes, du sous-bois.
A un moment donné le 30km bifurque à droite et moi à gauche, au revoir les pélerins
et merci du boost pendant 20km.puis pas mal marché jusqu’au ravito.
Km134,8—>km151 Rosheim D+544m D-666m:
Je repars avec la dernière énorme montée en vue, en sous-bois au début, sur gravier puis en lacet avec des pierres et enfin la dernière partie très raide avec un pourcentage de pente vers 40% je pense, pour enfin arriver à la tour heidenkopf.
La redescende est très accidentée avec pas mal de grosses pierres et les cuisses en feu.
J’ai fais une bonne montée et surtout une bonne descente ou je double pas mal, je suis bien, motivé et dans ma bulle, désolé Guillaume Baraduc tu m’as appelé à ce moment là et j’étais concentré pour garder un rythme régulier mais merci quand même. Le parcours du sous-bois terminé je passe entre les vignes pour aller vers Rosheim, cette partie là je la fait en marchant vite car trop mal aux cuisses.
On passe sur une piste cyclable mais je n’ai pas dû faire assez de kilomètres, j’étais au téléphone avec Sandrine Rebour et du coup je n’ai pas dû faire attention au fanion qui disait de tourner, la panique, je vois une personne qui me dit ou il faut aller, ouf tout va bien.
Km151—>km158,5 Obernai D+188m D-197m: Ravito rapide à Rosheim pour un dernier secteur avant la délivrance.
Pas si plat que ça, je marche vite, je passe en sous-bois et j’entends au loin le speaker , je redouble d’énergie, je marche encore plus vite, je double plusieurs coureurs. Oh lala, je l’entends plus fort, allez, pourquoi pas courir.
J’ai retrouvé cette énergie de fin de course que j’avais perdu depuis quelques courses.
Je vois enfin Obernai, l’excitation est à son comble, survolté, je cours aussi vite que sur des petites courses.
J’arrive dans la ville, ça descends sec, les quadriceps en feu mais je réfléchis plus, je vois des coureurs au loin qui n’arrivent pas de la même route, bizarre, je me serais trompé? Non, le cerveau fonctionne encore, c’est juste les coureurs du 20km pour les 500 derniers mètres que je récupère, mon dieu, quoi de mieux pour te donner un dernier coup de fouet.
Me voilà à sprinter à 500m, je double et redouble, de ce dire qu’ils sont sur 20km et toi sur 160km et que tu leurs mets leur race , en plus avec les spectateurs qui t’encourage et encore plus quand ils voient ton dossard.
Dernière montée créée spécialement pour la course pour passer au dessus d’une route avec des marches pour la montée et une descente pour prendre de la vitesse, pourquoi les montées 1 à 1!!! Je suis complètement cinglé, je les marches pas, je les cours 2 à 2 en doublant encore, pas fatigué, pas essoufflé. Dernière ligne droite, j’entends mon prénom, c’est Denis qui m’encourage mais il m’a vu trop tard vu que je courrais trop vite le dernier sprint… la voilà enfin cette ligne tant désiré.
Une ambiance de malade, une course de folie, un dépassement de soi inimaginable, un ascenseur émotionnel au paroxysme…
Merci Trail Alsace by UTMB une organisation au top, beaucoup de choix au ravitaillement, dommage de ne pas avoir de produits locaux, j’aurais bien aimé du fromage…
Des bénévoles indispensables et super sympa avec toujours le petit mot d’encouragement.
Un balisage dans l’ensemble très bien, juste à Roshein sur la piste cyclable, pas vu qu’il fallait tourner dans le centre, et en entrant à Obernai au niveau de la grosse croix en haut de la ville, ça manquait de fanions.
Dommage de ne mettre qu’un point pour le sac de délestage à Chatenois car il reste 100km derrière, à Barr ça aurait été parfait.
Je n’ai plus tout en tête mais c’est vraiment une région magnifique, presque à chaque fois qu’on faisait une ascension, il y avait soit un château, un couvent, une tour… c’est top.
Merci Denis, Emilie et Clémentine pour le soutien et le voyage ensemble des moments gravés.
Bravo Denis pour ta performance et ton classement canon.
Merci aux amis et la famille pour les appels pendant la course, ça aide énormément.
Pour les messages je ne les vois pas mais je reçois la notification sur ma montre donc je prends ça pour un encouragement.
Mon tonton Emmanuel Oyer , vous n’étiez pas là physiquement mais vous vous en inquiétez tout autant, ça fait plaisir, milles merci d’être toujours présent à mes côtés vos appels sont d’une grande aide.
(Une expérience fait par des professionnels, à ne pas reproduire) ».
On va changer un peu, cette fois pas de tableau mais le résultat individuel de nos deux champions sur le Live Trail (les vrais connaissent !)