Interclubs 1er tour, Fougères, dimanche 4 mai
Il y a parfois des gens dont on aimerait parler, sans que l’occasion se présente. On aime bien ce qu’ils sont, on aime bien ce qu’ils font, mais ils donnent peu l’occasion de les mettre en valeur. Trop de discrétion. Trop dans l’ombre des autres. Ainsi Jeanne Richard. Toute gamine déjà, on aimait bien ce qu’elle était, ce mélange de gentillesse, de bonne volonté et cette attention portée aux autres et au monde. Un univers secret, peu accessible. Des échanges verbaux parfois succincts, qu’il faut arracher (ou pas, on peut aussi les laisser en suspens…) Et en même temps une présence régulière, une fidélité en dépit des années qui passent. Et du travail toujours, parfois difficile mais fait sans broncher. Et finalement une bonne copine pour le groupe. Bon public. L’un de ces jeunes précieux dont rêve tout entraîneur pour faire groupe. Jeanne a un côté Christian Bobin, le poète. On ne sait jamais si elle est avec nous ou dans les arbres, dans les oiseaux, dans la lune, ou juste à quelques centimètres du sol, en lévitation.
Entre sol et ciel, ne pas choisir
Depuis gamine, elle n’a pas changé, et entre le vent et la terre n’a toujours pas choisi. Ses deux passions reflètent cet entre-deux : le cirque, avec ses envols, ses prises de risque, mais aussi sa précision, sa justesse, l’émotion qu’il dégage, et la marche athlétique, le genou droit, le pied collé au sol, dans une sorte de raideur mais qu’elle transcende, comme si la motivait une forme de lévitation, la tentation de voler à quelques millimètres au-dessus de la piste, dans le rêve des anneaux de Saturne, qui aspirent au large mais sont retenus par la force gravitationnelle de l’astre. Voilà, Jeanne, c’est ça : le croisement entre la force gravitationnelle du sol et l’aspiration à prendre son envol. Dans une sorte de musique céleste.
Dimanche, ce dimanche 4 mai, à Fougères, un petit évènement a eu lieu, à peine perceptible, que n’ont vu que celles et ceux qui connaissent Jeanne, un petit sourire en coin, et comme une grace dans le geste. Ce n’était pas aussi spectaculaire que Chloé Le Roch, la junior malouine, 4e aux récents championnats du monde, et dont le battement d’ailes est affirmé, souverain, comme le goéland argenté de Paramé ou de Saint-Servant. Non, Jeanne, notre junior à nous, c’est « l’aube muette dans sa plume », la petite chouette de la Roche aux fées, discrète, et dont l’envol rare est sublime. Dimanche, elle est partie vite, sur son 3000m marche. Ses séances d’entraînement ces derniers temps étaient remarquables. Elle a progressé en vitesse. Et là, dimanche, elle y a cru. Elle est partie vite, elle a tenu la cadence, proprement, dans un geste parfait, et elle a fini très fort.
Record personnel pulvérisé !
A le dire ainsi, on retombe sur terre et on perd la poésie du geste flou, incertain, suspendu, mais, à l’arrivée, elle avait pulvérisé son record de 1’50 (!), établi un nouveau record du club junior et effacé des tablettes le vieux record toutes catégories du 3000m marche, en 17’44″65. Et le plus impressionnant, c’est qu’elle est capable de faire encore mieux. L’envol aura été long à se dessiner, il a pris forme déjà l’an passé, mais cette fois aura été d’une beauté à couper le souffle. Bravo Jeanne !
Jeanne, avec une photo collector au milieu : devant Chloé Le Roch !
Manel Pigeon marche sur le traces de Jeanne. Pas encore très sûre dans son geste, elle a montré de très belles qualités pour son premier 3000m.





Juste un petit commentaire pour féliciter la discrète Jeanne… que nous ne connaissons pas mais que nous aurons le plaisir d’encourager à Montfort sur Meu lors du second tour des interclubs. C’est aussi l’occasion pour nous de mettre en valeur la qualité de ta plume. Merci Laurent pour ce sublime article… lu à voix haute pour encore mieux l’apprécier.
Merci à tous les deux, c’est très gentil, je me suis un peu lâché, c’est vrai, mais c’est un hommage que je trouvais mérité pour cette demoiselle si discrète mais si bosseuse.
Et c’est l’avantage de ce site par rapport aux réseaux sociaux : il permet le souffle, la respiration. Un tempo différent dans le rapport qu’on a au monde.